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Le Deuil Périnatal

(Dans cet article, vous n’aurez pas de détail de la prise en charge médical, seulement un témoignage lié aux émotions ressenties)


Vous êtes sur la table pour vivre une belle échographie, le sourire aux lèvres, vous pensez à votre futur, à son prénom, ou à tous les problèmes que vous avez dans la tête : la liste de course, les crayons de couleur pour l’école pour le plus grand, l’anniversaire de votre meilleure amie qui approche, et puis vous revenez à la réalité.

A vous, sur cette table, et au silence pesant jusqu’à que vous osiez poser la question :

Il y a un problème ?


Alors vous n’aurez peut-être pas vécu exactement la même situation, mais ce qui est sûr, c’est la suite.


Notre monde s’effondre...

Nous perdons pied dans une réalité que nous ne connaissons pas…


Une réalité où votre bébé n’existe plus.


Commence réellement l’enfer sur terre…

Avec un problème majeur dans la société française, le fait que la plupart des gynécologues n’ont aucune empathie pour nous suivre dans un tel moment.

Le manque de moyen fait qu’au sein de l’hôpital, il arrive que le psychologue n’ait même pas le temps pour nous, ou qu’il soit en vacances… Ce n’est pas sa faute, ils sont souvent surchargés de personnes en souffrance… Ce fut mon cas, il n’était pas disponible, je n’ai eu qu’une brochure pour savoir comment faire enterrer mon bébé, avec un numéro de téléphone pour appeler le psychologue à son retour de vacances. Ce qui était bien trop peu à mon sens.


Passons les détails sordides, mais ce qui restent, ce sont les phrases méchantes que j’ai pu entendre comme :

- Vous êtes jeunes, vous en aurez d’autres !

- Vous en avez déjà un, c’est pas mal !

- C’est un mauvais moment à passer, ça ira !

- Vous n’étiez pas à terme, c’est déjà ça, ça sera moins dur à sortir !


Oui, autant de phrases qui vous arrachent les tripes, mais vous n’avez pas la force à ce moment-là de vous battre contre ça, de les contredire.


Alors oui, par chance, je suis aussi tombée sur des sages-femmes merveilleuses, qui par leurs mots, leurs gestes, ont su être bienveillantes.


Mais, au vu de la souffrance, et de la solitude ressentie, ce n’est pas suffisant.


La souffrance


La souffrance est infinie, et le vide, sidéral. Personne ne pourra comprendre à quel point vous souffrez. Et à ce moment, vous espérez seulement que c’est un mauvais rêve, comme une sorte de pire cauchemar.

Vous passez votre temps à ressasser…à vous dire que vous n’avez peut-être pas fait ce qu’il faut, que vous auriez du moins conduire, manger plus sain, être moins stressée…


Ce n’est pas votre faute

(Et il faudra vous le répéter 1 million de fois, pourtant c’est vrai, ce n’est pas votre faute…)


Et je ne vous sortirais pas toutes les excuses qu’il existe, du genre, « c’est comme ça », « là où il y a la vie, il y a la mort… ».

Car il n’y a aucune excuse à trouver, seulement que, vraiment, vous n’êtes responsable de rien.


Le sentiment de douleur vous accompagnera durant toute la période liée au deuil que vous êtes en train de vivre.


Souvent, il est noté que dans la phase de deuil, en premier il y a le déni.

Pour ma part, en premier et tout le long, il y a eu, en fond, la souffrance, la douleur de la perte.


Et par-dessus, c’est rajouter d’autres émotions :

Le déni


Vous allez au bout d’un moment reprendre votre vie comme si vous n’aviez rien vécu, comme si la perte de votre enfant n’a jamais existé.

Votre entourage ne vous en parlera plus ou de moins en moins, pour ne pas vous rendre plus triste, et souvent, aussi, car ils font de leurs côtés leurs propres deuils qui sont bien différents du vôtre.

Alors,

On reprend sa vie,

On pleure seulement quand on est seule,

On fait comme si c’était un mauvais rêve,

On se dit même que le temps effacera la souffrance.


Cela peut même durer quelques années, car nous savons comment mettre un mouchoir sur nos blessures, sur nos fêlures.


La colère


Il arrive pourtant un jour où nous nous réveillons avec une nouvelle émotion, la souffrance est toujours là, palpable à chaque moment.

Mais nous sentons que plus rien ne va, que plus rien n’a de sens, et tout ça nous met dans une colère folle !

Pourquoi se lever ?

Pourquoi aller travailler ?

Pourquoi supporter tous ses regards ?

Pourquoi le temps n’a pas pu s’arrêter ?

Pourquoi ça vous arrive à vous ?

Vous qui êtes si gentille ? Si bienveillante ? Qui n’a jamais rien fait de mal ?


Et d’un coup, vous en voulez à la terre entière ! Car vous ne méritez pas ça !

Et c’est vrai, personne ne mérite de vivre une telle chose…

Et vous avez le droit d’être en colère !

Cette émotion est tout à fait légitime…


Il faudra vivre avec elle pendant quelque temps, et vous en servir comme une force.

Car c’est vrai que vous n’avez pas mérité une telle épreuve dans votre vie…

Mais il y a pleins d’autres choses que vous ne méritez pas !


La question à vous poser, c’est, finalement :

Que méritez-vous ?


Vous méritez le meilleur !


Il vous arrivera pleins d’événements dans votre vie où vous n’aurez la maîtrise de rien.

En effet, perdre votre bébé, vous n’avez rien maitrisé, c’est arrivé comme ça (Car je le répète : ce n’est pas votre faute).

Mais il y a des éléments de votre vie que vous pouvez changer…

Car vous ne méritez pas cette souffrance, mais le bonheur !


Servez vous donc de votre colère pour devenir vous-même, pour faire seulement ce que vous souhaitez !

Car vous avez besoin de ce temps, vous avez besoin de vous recentrer sur vous, sur vos besoins, sur vous-même !



La dépression, l’isolement


Comme je le disais au départ, en fond, dans votre cœur, votre corps, vous aurez toujours cette souffrance qui est persistante.

Et malgré le fait que vous avez essayé de reprendre votre vie « normalement », vous vous rendez compte que ça n’est pas faisable, que la seule chose que vous avez envie, ce n’est justement plus rien.

Vous ne voulez plus rien, vous n’arrivez plus à vous projeter.

Vous avez seulement envie de vous isoler.

Même dans votre couple, vous trouvez qu’il ne vous comprend plus, que sa souffrance n’est pas comparable.

C’est simplement que votre conjoint ne vit pas le deuil au même rythme que vous, ni même de la même manière. Ne le jugez pas… Il fait au mieux, comme vous !


Quand vous sentez que vous perdez pied, la meilleure chose que je peux vous dire, c’est de prendre votre téléphone, et d’appeler un(e) psychologue pour en parler, pour prendre rendez-vous.


Le processus pour aller voir un(e) psychologue sera difficile, voir douloureux, mais tout est déjà douloureux.

Alors allez-y, essayez…


De toute manière, arriver à ce stade de votre deuil, vous n’avez plus rien à perdre.

Et un(e) psychologue vous permettra simplement de vous aiguiller pour pouvoir recommencer ce chemin.


Pour faire simple, c’est comme si vous aviez été amputé d’un membre, vous auriez besoin d’un chirurgien, d’un kiné, d’un suivi, et même de médicament. Eh bien ici, même si la comparaison est dure à entendre (à lire, et à écrire pour ma part), vous avez besoin aussi d’une aide, elle peut être médicamenteuse, pour pouvoir se lever le matin, mais elle doit aussi être psychique.

Il faut en effet soigner votre cœur, votre corps, votre esprit.


L’acceptation


L’acceptation est un bien beau mot, pour dire qu’un jour, vous vivrez en paix avec ce que vous avez vécu, avec la perte de votre bébé.

Vous pourrez en parler, sans pleurer.

Le chemin est long, et nous n’oublions jamais.

Et ce n’est pas le but, on ne vous demande surtout pas d’oublier votre bébé. Mais de vivre avec son souvenir sans ce que ce soit un souvenir douloureux.

Il arrivera quelquefois où la souffrance reviendra, car son souvenir sera douloureux. Mais vous avez le droit d’être triste, vous n’avez pas à vous en cacher.


Vous pouvez aussi trouver du soutien grâce à l’Association Hesperanges :

https://www.hesperanges.fr/



Pour finir ce sujet qui met cher (car très personnel comme vous l’aurez compris…), je citerais Sénèque :


La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,

C'est d'apprendre à danser sous la pluie.





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